Festival 2012
s festivités débutèrent par une conférence donnée en la médiathèque:
« La gravure rhénane de Schongauer à Dürer ».
Dans le cadre du 10° Festival du Livre Illustré.
Le 10 mai 2012 en la médiathèque de Soultz.
Catherine KOENIG
Qui ne connaît « la Vierge au buisson de roses » de Martin Schongauer?
Martin Schongauer, né vers 1450 à Colmar et mort en 1491 à Vieux-Brisach, est un peintre et
graveur alsacien de la fin du Moyen Âge. Graveur (sur bois et sur cuivre) le plus illustre de
son temps, sa renommée s'étendit jusqu'en Italie (Michel-Ange l'admirait et collectionnait ses
estampes tellement elles le séduisaient) et aux Pays-Bas.
Albrecht Dürer (1471 - 1528) veut devenir son disciple et fait le voyage de Nuremberg à
Colmar à pied pour compléter sa formation auprès de l’illustre maître alsacien.
Hélas Schongauer meurt prématurément le 2 février 1491 alors que Dürer n'est qu'à quelques
jours de voyage de Colmar. Cependant il se perfectionnera dans la gravure sur cuivre aux
contacts des élèves de Schongauer. Le grand maître alsacien eut une grande influence sur lui.
À Bâle il fit les gravures sur bois pour l’illustration du « Narrenschiff » de Sébastien BRANT
( première impression : 1494)
La conférencière Catherine Koenig à la médiathèque de Soultz. ( Photos H.H.)
Le 10° Festival du Livre Illustré
Les 12 et 13 mai 2012 en la Halle aux Blés
de Soultz ( Haut-Rhin )
Monsieur Philippe Richert, Ministre chargé des Collectivités
Territoriales et Président du Conseil Régional d’Alsace, accompagné de
Monsieur Thomas Birgaentzlé, maire de la Ville de Soultz et des adjoints
au maire, nous fit l’insigne honneur de présider l’inauguration des deux
expositions consacrées à notre génial illustrateur « Robert Beltz chez
les libraires » au Bucheneck et « Robert Beltz chez les bibliophiles » en
la Halle aux Blés ainsi qu’à la distribution des prix.
Au Bucheneck, au centre Monsieur Philippe Richert, ministre.
Photo de Nathalie Schellenbaum
Madame Diana BYCHKOVA, Prix Robert Beltz 2010, avait dessiné
l’affiche du Festival 2012 tissant visuellement la chaîne d’amitié qui lie
les artistes illustrateurs lauréats du Prix Robert Beltz.
Mme Sylviane Fernbach anima pour les plus jeunes un atelier d’art
plastique en leur faisant confectionner un livre d’artiste.
Monsieur le Ministre fit un discours qu’il eut la
courtoise amabilité de nous communiquer afin que nous
puissions le faire paraître en notre bulletin annuel. Qu’il
en soit très chaleureusement remercié au nom de tous
les membres de notre association.
« Monsieur le Maire,
Mesdames, Messieurs,
Je voudrais vous dire combien je suis heureux
d'être avec vous aujourd'hui à Soultz pour rendre à
Robert Beltz l'hommage qu'il mérite.
Le discours de Monsieur le Ministre
Nous inaugurons deux expositions cet après-midi.
Catherine Koenig a ouvert jeudi les festivités à la
médiathèque par une conférence à laquelle je n'ai pu
malheureusement assister, mais dont le titre est
suffisamment évocateur pour que je le cite : « La
gravure rhénane de Schongauer à Dürer ».
Oui, nous avons, en Alsace et le long du Rhin, une
tradition multiséculaire de maîtres graveurs :
Schongauer, Dürer à l'évidence, mais aussi Baldung-
Grien, sans omettre l'immense Gustave Doré qui
demeure, avec Hans Arp, l'un des artistes alsaciens les
plus connus au monde. Je devrais, pour faire bonne
mesure, citer Schnugg, Hansi et Ungerer.
Gravure de Dürer
Eh bien, Robert Beltz a toute sa place dans cette
longue et belle tradition.
Et si je suis venu aujourd'hui, c'est pour rendre
hommage, en mon nom et en celui du Conseil régional,
à ce magnifique artiste.
Il était né ici, à Soultz. Il était parvenu à une maîtrise
exceptionnelle de la gravure, du dessin et des couleurs.
Et plus encore : il avait créé un univers à nul autre
pareil : tantôt fantastique tantôt fantasmagorique,
enraciné dans les paysages de cette Alsace et de ce
pays de Soultz qu'il aimait par-dessus tout, parfois se
projetant dans des mondes imaginaires.
Les âmes du purgatoire de Mérimée et Les caractères de La Bruyère
Beltz a non seulement créé un style. Il a créé un
monde. Et c'est là son génie.
Il a été également un grand précurseur : je ne
pense pas que des dessinateurs aussi exceptionnels
que John Howe ou même Enki Bilal aurait pu conduire
leur art là où ils l'ont mené sans bénéficier de l'influence
d'un homme tel que Beltz.
Alors, oui, lui rendre hommage, comme vous le
faites ici, depuis 1994, avec l'Association des Amis de
Robert Beltz, dont je veux saluer les représentants, lui
rendre hommage, c'est lui rendre justice.
Les Contes des Bords du Rhin d'Erckmann- Chatrian
Je sais une chose : Beltz n'est pas apprécié,
aujourd'hui, à la mesure de son génie. Parce qu'il nous a
quittés en 1981. Parce que le temps a fait son oeuvre.
Parce que, surtout, il demeure un inclassable. Et dans le
monde dans lequel nous vivons être inclassable est
souvent un inconvénient.
Ce qu'on demande le plus souvent aujourd'hui aux
artistes, c'est de suivre le mouvement. C'est d'être ce
que Philippe Muray appelait des « mutins de Panurge » :
être un peu rebelle, mais pas trop. S'insurger mais rester
dans le cadre.
De gauche à droite: Thomas Birgaentzlé, maire de Soultz, Liliane-Ève Brendel, lauréate du Prix Robert Beltz 2012, Étienne Bannwarth, conseiller général du Haut-Rhin, Philippe Richert, Ministre chargé des Collectivités Territoriales et Président du Conseil Régional d’Alsace, Alain Bar, Pris spécial du jury 2012, Hugues Hoohs, président de l'association des Amis de Robert Beltz
Eh bien, Robert Beltz était un frondeur. Il n'aimait
pas les cases. Il n'aimait les étiquettes. Il ne faisait pas
de concessions. Jamais. Parce que lui c'est avec Poe,
Flaubert, Sébastien Brant, Baudelaire, Victor Hugo,
Molière, Barrès, Erckmann-Chatrian qu'il entretenait un
profond dialogue.
S. Brant –Nef des fous Baudelaire C. Baudelaire– Les Fleurs du Mal
Il avait choisi d'illustrer les textes des plus grands.
Le plus souvent à ses propres dépens.
Il était d'Alsace. Et fier de l'être. Mais sa véritable
patrie, il l'avait atteinte, il l'avait conquise : et elle
s'appelait littérature.
Et moi je sais une chose : quand un artiste atteint
cette patrie-là, le temps n'a plus de prise sur lui. Il passe
les âges et les générations. Et un jour, s'apercevant de
la monumentale erreur, naît un critique, un grand
commissaire d'exposition, un directeur de grand musée,
qui redécouvre l'oeuvre et la remet au goût du jour. J'en
ai la conviction : ce jour viendra. Il viendra bientôt. Et
nous, nous, ici à Soultz, nous avons la chance d'être les
précurseurs, toujours en avance sur notre temps.
Robert Beltz d’après une peinture à l’huile ( 81 X 65 cm ) de M. Lucien Jung.
Oui, Robert Beltz était un inclassable. Et c'est cela
dont nous devons être fiers.
Voilà pourquoi le Conseil régional d'Alsace est aux
côtés de la Ville de Soultz, Monsieur le Maire, pour
remettre le prix Robert Beltz.
Voilà pourquoi je suis heureux d'être avec vous
aujourd'hui. »
Monsieur le Ministre fut fortement applaudi et céda le micro à
Monsieur le Maire qui remercia avec chaleur l’association des Amis de
R.B. et son président pour tout le travail accompli.
Cette année des livres nous parvinrent des départements de
l’Essonne de la Savoie, du Maine et Loire, de la Saône et Loire, de
Paris, de la Manche et de la Belgique .
Le Prix Robert Beltz 2012, à savoir un chèque de 1400 € fut
décerné à Liliane-Ève BRENDEL de St GENGOUX le NATIONAL en
Saône et Loire pour son livre « WASSERWALD » illustré par sept cuivres
estampés par l’artiste sur papier Moulin du Gué. Ce livre fut tiré à 20
exemplaires numérotés et signés.
La lauréate lors de ses remerciements.
Liliane-Ève Brendel remercia en ces termes: « C’est avec une grande
émotion que j’ai reçu le prix Robert Beltz cette année, pour la première fois, en
tant que graveur et éditrice.
Ce prix représente à mes yeux bien plus qu’une seule récompense de mon
travail : il est aussi le signe de la reconnaissance de ma profonde appartenance à
l’Alsace, cette terre si aimée de mes origines paternelles bien que n’y ayant
encore jamais vécu. Il est la preuve indéfectible de mon attachement à la culture
alsacienne. »
Cette année, le Prix Illustr’Art ne pouvant être décerné faute
d’ouvrages ayant participé à ce concours, le jury décida de décerner
exceptionnellement pour célébrer le 10°anniversaire du festival un «
Prix Spécial du Jury ».
Photo de deux pages de son livre.
Ce prix revint à Alain BAR d’Albertville en Savoie pour son
ouvrage « 7 DÉDALOGRAMMMES pour accompagner 7
LABYRINTHES ». Le texte de Jean-Clarence LAMBERT, illustré de 7
eaux fortes en couleurs et relief est présenté dans un étui en plexiglas
comportant une plaque en cuivre gravée. Cette édition fut tirée à 33
exemplaires ainsi que 5 exemplaires d’auteur (E.A.) tous signés et
numérotés sur papier pur chiffon Moulin Larroque. Alain Bar remercia
chaleureusement l’association des Amis de Robert Beltz pour ce prix et
précisa que, dorénavant, il ne graverait plus de livres mais transmettait
son savoir à des jeunes d’Albertville.
Les Amis de l'ACAP&DP à l'oeuvre!
Nos amis de l’Association l’ACAP&DP (Association Culture,
Art, Patrimoine et Développement du Pays) nous firent le plaisir de
confectionner des costumes identiques à ceux des illustrations de Robert
Beltz piochées dans les Contes des Bords du Rhin d’Erckmann-Chatrian,
les Fleurs du Mal de Baudelaire, les Âmes du Purgatoire et la Dame
de Pique de Prosper Mérimée.
Une pianiste joua des airs tandis que le couple de la « danse macabre
des Fleurs du Mal » de Baudelaire valsait au milieu du public.
Près d’un pilier une dame enfila une aiguille et s’adonna à la couture.
L’un des quatre bandits du « Rêve de mon cousin Élof » grimé de façon fort réussie pointa
son révolver sur Liliane-Ève Brendel, récipiendaire du Prix Beltz 2012 en
disant : « Il me semble que vous avez reçu un chèque ! » Un bel éclat
de rire salua cet intermède.
D’autres bandits servaient le verre de l’amitié en demandant aux
personnes invitées de bien leur remettre leurs numéraires, montres ou
autres objets de valeur!!
Un grand merci à nos amis de l’association de l’ACAP&DP pour
cette intervention réussie en tous points.
Notre « célèbre illustrateur rhénan » n’aurait certes pas renié cette
mise ne scène puisqu’il avait coutume de dire que : « Mettre en scène
une pièce de théâtre ou la jouer et illustrer un texte procèdent de la
même démarche. C’est, en quelque sorte, prolonger et achever, dans le
monde plus réel des gestes ou des images ce qui n’était qu’invisible
évocation ! »
Hugues Hoohs
(Photo de Robert Beltz trouvée dans ses archives.)